BIO
Et s’il fallait pour une fois oublier volontairement le passé — les années à ramoner des grilles pop rock dans les chambres d’étudiants près de la Sorbonne, le premier mini-LP auto-produit Indessa, ces premières parties de groupe de deuxième division anglaise (Echobelly), ces ouvertures pour Indochine en 99 et même Organic ce premier disque remarqué le temps d’un single bastonné sur les radios jeunes aux coins d’une heure de grand écoute (“Pause — je voudrais que tu exploses”). Et voir ce Diagnostic comme le véritable premier album de Daisybox.
D’abord, il y a ce nom : Daisybox, un des meilleurs jamais trouvés par un groupe français ; aussi percutant et sucré que Diabologum, aussi capiteux et gourmand que Dionysos.
Cette formation: trois garçons, une fille (Olivier, Sam, Leonard, Anne-Lise)… donc des milliers de promesses comme chez les grands modèles du genre, Sonic Youth ou les Pixies. Et puis, il y a cette pochette signée de l’artiste Nicole Tran Ba Vang, qui aurait pu habiller un album de Placebo, de Björk ou même un des premiers Roxy Music.
Une belle impression esthétique confirmée dès les premières mesures du single, “Les mains dans les poches”, magnifiquement emballé par la production de Steve Lyon (l’homme qui officia derrière le Violator et le Songs of Faith and Devotion live de Depeche Mode) ; une ritournelle pimprenelle toute cabossée par un beat disco chancelant et perclue de symptômes synthétiques new wave.
Bien sûr Daisybox fait rock, mais rock fourrée au venin, saupoudrée de grésillements électriques inquiétants, habitée par ces bruits électro vintage qui carrossaient le son des Cars (“Le diable est avec moi”) et des guitares malades qui diffusent une sournoise toxine déjà détectée chez les Pixies (“Fixe”, “Maya Fou”, “Une seconde à ma place”), hantée par ce chant rôdeur et une écriture violacée.
Chez Daisybox, on a passé l’âge des sprints pop époumonés à l’arraché-craché ou les grandes envolées lyriques lançant au vent les grands mots du malaise. Ici, on vit la différence avec amusement et on brosse le portrait de l’absurdité humaine à l’encre caustique. Derrière chacune de ces mélodies à siffloter sous la douche (“Alcoolique”, “Solide”, “Caustique”) se cache une chronique du désir et de l’ennui, un éloge du cynisme, un regard détaché et goguenard sur le quotidien. Pas un constat négatif à la Diabologum, mais une ironie faussement désinvolte dépliée en une dizaine de pamphlets flâneurs.
Voilà donc, le Diagnostic : un disque d’éclosion explosive, de montée de sève printanière chez les plantes carnivores ; abrasif et acéré comme un manifeste rock à la française écrit selon les préceptes de l’underground américain.
PHOTOS
DISCOGRAPHIE
2002 : Organic (Lez’art Music / Trema)
2005 : Diagnostic (Lez’Art Music / Barclay)
2008 : Polyester
ACTUS
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