Un piano qui pétille, une voix mutine, et un swing virevoltant. Bienvenue dans le monde parallèle de Lili Ster. Un univers féminin gorgé de mélancolie positive, débordant de vie et d’envie, de recoins sombres et de plaines ensoleillées, où tout n’est que zigzags rythmiques et faux plats mélodiques. Femme enfant et femme de tête, la Parisienne enrobe sa voix acidulée sur des textes acides, qui sont autant de tranches de vie d’une fille d’aujourd’hui. Lili Ster stigmatise ainsi avec humour et poésie les relations hommes-femmes, les coups durs (« Ex ») et les coups de foudre (« Electric Boy »).
Si Emilie a gardé dans son nom d’artiste son surnom, Lili, c’est avant tout parce que sa musique lui ressemble. La Castafiore, c’est elle : « C’est un hommage à ma réputation, en clin d’œil à mes voisins, qui ont supporté involontairement mes chansons au travers des cloisons de leurs appartements durant toutes ces années », sourit la jeune femme. Loin de la cantatrice dévastatrice chère à Tintin, La Castafiore symbolise aussi l’importance que Lili Ster accorde à la voix. « Je suis très sensible aux timbres vocaux : leur fragilité, leurs fêlures traduisent toujours des destins de femme hors norme, faits de joies et de souffrances », explique la chanteuse.
De fait, si le jazz et le blues charpentent son répertoire musical, c’est le groove envoûtant de Bessie Smith et Nina Simone qui stimule très tôt la créativité de Lili Ster. Avec le piano, comme complice de toujours. Un instrument à la richesse harmonique immense, qu’elle a remodelé à son envie : longtemps dans les rails du Conservatoire, Emilie en a cassé les codes et les carcans classiques rigides, pour n’en garder que la moelle : l’émotion, plus que la prouesse technique.
Sûrement parce que Lili n’a pas oublié que ses premiers frissons musicaux n’avaient rien d’académiques : un papa batteur féru des Beatles, des heures passées à le regarder répéter ou jouer sur scène. Héritage paternel ou sentiment primal : la recherche obstinée du rythme unit chaque titre de La Castafiore: « J’aime le blues, la musique Africaine, car ils reposent sur les matières premières de l’émotion musicale: le rythme et la voix. Spontanément, un enfant danse et chante : c’est instinctif. La musique qui me fait vibrer à toujours eu un aspect rythmique très marqué, que ce soit le rap ou la nouvelle génération de chanteurs français qui ont du groove».
Lili Ster est intensément active sur scène, jouant de son instrument et de son corps, quitte à martyriser quelques pianos fatigués. Une attitude qui évoque parfois Camille, dont le bassiste Martin Gamet distille son swing sur La Castafiore, aux côtés de Cyril Aveque, le batteur d’Emilie Loizeau, autre voisine de chambrée musicale éprise de liberté. Sans oublier la participation d’un autre expert en relecture moderne de la chanson française : Spleen, dont les acrobaties beatbox sur « Je Voudrais » renouent avec l’esprit de ses collaborations syncopées en compagnie de CocoRosie. À leur contact, Lili a poussé plus loin le grain de folie douce de ses compositions acoustiques, bien épaulée par la production chic de Jean Louis Pierot, l’ex- Valentins passé derrière les manettes pour le plus grand bonheur de Miossec ou Renan Luce. Ainsi réunie, la bande de copains s’en est donnée à cœur joie dans la charmante boîte à musique bricolée par Lili Ster.
Car l’auteur compositeur- interprète aime plus que tout travailler la matière, et trouver les petits ingrédients qui vont donner à ses compostions un goût unique. « Je crée seule, sans musicien. Alors je bidouille avec les moyens du bord, et comme je suis attiré par les sons naturels, je me débrouille avec ce que j’ai sous la main: sur mes maquettes, j’ai des sons de balais jazz, faits avec deux feuilles de papier frottées entre elle, des rythmiques sur des pots de peintures… J’ai aussi emprunté la harpe de ma petite soeur… Non seulement les sons produits sont totalement uniques, mais en plus, c’est très ludique !»
La notion de jeu n’a effectivement jamais quitté la chanteuse. Que ce soit au creux d’expériences précédentes, plus expérimentales, dont elle s’affranchira pour voler de ses propres ailes et jouer « une musique qui me ressemble ». Mais aussi sur La Castafiore, lorsque joueuse et décomplexée, Lili Ster reprend « Relax », le tube platiné de Mika, qui éteint alors la boule à facettes pour ne plus s’éclairer qu’à la bougie. Un intimisme troublant, qui palpite doucement tout au long de ce premier disque, aux promesses immenses.